Encore un qui vient tout juste de revenir en France après plusieurs années passées au Québec, Quentin Lequy (KOB) de la promo 2006 nous fait part de son expérience.
1) Salut, rappelles-nous qui tu es, ton parcours et ce que tu fais actuellement?
Je m’appelle Quentin (d’autres me surnomme différemment), promo 2006 (la meilleure forcément). Après une brillante première année dans le tronc commun, j’ai pu accéder à la F4 (à l’époque c’était facile) pour faire une troisième année avec un master recherche opérationnelle à la clé. Quitte à être sur-diplômé, je me suis dit que ce serait cool de faire un doctorat au Canada. J’y suis resté quatre ans et puis j’ai trouvé un poste sur Paris dans la société EURODECISION. Je suis actuellement en mission dans le département de Recherche Opérationnelle d’Air France.
2) Travailler à l’étranger : un objectif ou bien une opportunité?
Dans mon cas, ça aurait été une belle opportunité. Si j’avais pu trouver un poste sur place, je serai resté travailler là-bas c’est sûr. Malheureusement, le marché montréalais au niveau de ma spécialité est surchargé, et il y a très peu de place pour beaucoup beaucoup d’élus. Cependant, je n’exclus pas du tout de trouver chaussure à mon pied en dehors de la mère Patrie et particulièrement dans la partie francophone du Canada que j’affectionne, après avoir acquis de l’expérience de travail ici.
3) Présentes-nous, le pays où tu as travaillé, les avantages et inconvénients par rapport au travail en informatique en France?
A l’opposé des ressources humaines d’ici, je considère un doctorat comme un entreprise mono-personnelle non lucrative et subventionnée. J’ai fréquenté cependant une grosse entreprise nord américaine (celle qui s’occupait du côté lucratif de ma thèse) et connaît donc un peu les ficelles de ce qui se fait au Canada en termes de conditions de travail, même si je me rend compte maintenant qu’y travailler aurait été tout autre.
Il y a plusieurs points qui diffère du système français que je ne nommerais pas avantage ou inconvénient, pour la bonne et simple raison que les systèmes sont différents. Tout d’abord, c’est aussi facile de trouver un travail que de le perdre. Je pense que c’est le point qui choque le plus le français tout juste débarqué chez les caribous (stéréotype quand tu nous tiens). Cette volatilité du travail fait peur parce que l’image du CDI comme le graal est ancré dans son esprit. Ensuite, les pyramides hiérarchiques ont beaucoup moins d’échelons qu’en France. Ce qui est plus convivial et efficace pour la communication (renforcé par un tutoiement quasi automatique) mais qui peut poser des problèmes relationnels avec ses chefs et être ainsi source de licenciement qu’on qualifierait ici d’abusif. Les horaires journaliers sont moins importants car les vacances sont beaucoup plus réduites (en général, une semaine pour un premier employé, deux semaines après 5 ans d’expérience, trois après 10, mais rien n’est coulé dans le marbre et certaines entreprises sont plus généreuses que d’autre ou accepte facilement les congés sans solde). Par contre, en période de rush, il faut s’attendre à bosser le week-end. La pression est la même, bien qu’elle est moins visible qu’ici. Tu le sens juste quand tes collègues te font subtilement savoir que ça aurait été mieux de ne pas avoir pris des vacances. Les salaires sont bruts et sont beaucoup plus élevé, les impôts sont beaucoup plus petits, et le pouvoir d’achat beaucoup plus grand (au diable les conversions, tu vis beaucoup mieux avec 1000 dollars qu’avec 1000 euros mensuels en poche). Par contre, beaucoup de services inclus dans les charges sur les salaires français doivent être déboursés par soi-même (emblématiquement, la sécurité sociale et les retraites). Je ne connais pas assez bien la partie anglophone du Canada, mais les francophones n’ont pas ce côté “arrondir les angles à tout prix et ne pas faire de vagues” que l’on peut retrouver aux Etats-Unis. Je ne me prononcerai pas trop là dessus, car c’est quelque chose qu’il faut vivre pour s’en rendre compte. Pour ne pas lâcher mon lectorat, je vais m’arrêter sur cette remarque qui dépote hors contexte.
4) Que penses-tu de la politique de l’Isima par rapport à l’international et notamment des récentes évolutions?
Je ne connais pas très bien ces récentes évolutions, mais je sais que l’Isima cherche à se rapprocher de l’École Polytechnique de Montréal, ce que je cautionne fortement. Pour avoir eu deux expériences à l’étranger, je ne peux qu’encourager les jeunes générations à faire de même, et cela passe effectivement par des facilités pour faire des échanges ou des stages avec des partenaires étrangers.
5) Quels sont tes conseils pour un ZZ étudiant souhaitant travailler à l’étranger?
Parmi la liste longue comme le bras que je pourrais citer, je pense qu’il est nécessaire de respecter ces trois points :
- Ne pas négliger le côté administratif et matériel (s’y prendre à l’arrache est la meilleure façon de se planter)
- Si possible, pendre un permis de travail ouvert, c’est-à-dire qui n’est pas rattaché à une entreprise en particulier, ça permet de chercher un travail sur place (ce qui est mille fois plus efficace qu’à distance) et d’en changer si on s’est planté ou que le travail ne nous plait plus. Évidemment, ces permis sont plus cher et plus dur à avoir, ou ont des restrictions comme celle du PVT (permis vacances travail)
- Trouver quelqu’un qui a déjà eu une expérience de travail dans le pays ciblé et qui accepte de la partager en personne. Rien ne remplacera jamais l’expérience, alors autant pouvoir en profiter à fond.
Voilà, je pense que c’est tout. J’espère que ces informations pourront être utile à quelqu’un et mieux encore, qu’elles encourageront des ZZ à tenter la grande aventure.