Qu’est ce que tu deviens, Emilien?

Nous prenons aujourd’hui des nouvelles d’Emilien G. de la promo 08 F4. Ce qui est bien avec Emilien c’est que lors d’une discussion il a la capacité de faire les questions et les réponses, je n’ai donc pas eu besoin de lui envoyer le “questionnaire Prof. ZZ”. En lui demandant simplement de raconter son expérience post-Isima, il a réalisé son analyse psychologique durant la première mi-temps d’Afrique du Sud-Mexique, merci l’artiste! Voilà le résultat :

ISIMA, où l’Informatique Sans Initiation au Monde Aixtérieur ;)

Cet article va de part la façon dont je vais le rédiger être complètement décousu, afin de coller au mieux à l’état d’esprit de son auteur.

« Optimisez vos algorithmes en temps, dans le monde du travail, il faudra pas faire ceci ou cela… »

« Pour quels métiers vous travaillez, et à quel poste ? »

« MOA ou bien MOE ? »

« Un développement informatique commence par #include… »

Compliqué de lier ce que j’ai appris dans une école qui se revendiquait au dessus de la technicité pure dans un monde professionnel qui nous dépassait complètement. Impossible de discuter correctement avec les RH, ni même avec les opérationnels qui m’ont toujours vu comme un techos.

Mon expérience poste ISIMA s’est traduit tout d’abord par une montée en compétence fulgurante dans le domaine de l’entretien d’embauche. Téléphonique, opérationnel, RH, cession de groupe, atelier de mise en situation, tout y es passé. Géographiquement aussi, Paris, Lyon, Sud Est, Genève, et je passe les plus petites villes de Rhône Alpes inconnues du lecteur moyen. Ce que j’ai vraiment appris en 4 mois c’est de faire un nœud de cravate en deux essais maximum.

Petit à petit j’ai appris à décrypter les offres d’emplois, les mots clefs, et surtout les clefs pour décrypter le sens caché.

A noël, ma motivation a descendu et j’ai pris 1 mois pour ne plus y penser devant la mollesse des réponses du à la période de l’année. En janvier j’ai relancé des batteries d’entretiens, je me rappellerai longtemps de la semaine du 20 janvier, où j’ai 5 entretiens en 5 jours sur Paris plus un entretien bonus dans une école de management. Dans une entreprise, je me pointe le lundi soir pour un entretien, j’aligne entretien RH, puis discussion rapide avec le chef du secteur, qui me demande de revenir le lendemain pour d’autres entretien. Le poste à l’air cool, la tour magnifique, et le logiciel plutôt intéressant. L’offre traite de support et j’avais été contacté par les RH sans rien faire. Je reviens le lendemain plutôt heureux et confiant. Je parle avec la prochaine équipe, on me montre mon bureau, et au moment d’aller voir le chef, il me salue comme suit :

« Monsieur G. bonjour, merci de vous être déplacé, on va s’arrêter ici vous n’êtes pas fais pour [activité de la boite en question] », et il me raccompagne à l’ascenseur.

En sortant je savais qu’un jour je travaillerai pour lui et il comprendra qu’il s’est trompé.


J’ai pensé très fort à un couplet des danakils :

« Le concert sera maintenu et le combat continue
Puisque la balle n’a pas ôté l’espoir de ma vue
J’ai encore des choses à dire, encore des choses à faire
C’est pas l’heure de mourir, c’est pas non plus la manière
Il y a des gens qui comptent sur moi et moi je compte sur les gens
Sur les gens intelligents, ce sont les plus dérangeants
C’est avec eux, soudés et solides comme la soudure
que jusqu’au dernier soupir on contrera les coups durs », et je me suis accroché.

Ensuite j’ai continué mon petit bonhomme de chemin, mais les entretiens me saoulaient de plus en plus, je voulais comprendre davantage ce que je voulais faire plutôt que d’attendre que quelqu’un m’appelle et de prier que la mission me plairait comme dans cette tour, avec une meilleure finalité.

J’ai donc accepté de m’inscrire dans l’école de management qui avait la capacité de parler comme les opérationnel, chose que l’on ne voit pas à l’isima. Je voulais apprendre à communiquer mon objectif et de l’appliquer, et non d’être spectateur de mon avenir. J’ai donc refusé des propositions non intéressantes, en gardant mon énergie pour les offres uniques, notamment sur Genève dans des grandes banques en temps que coordinateur, ou assistant planif’, bref, de l’informatique, mais pas de développement et surtout du relationnel.

Mon dernier espoir avant mon année parisienne, a été symbolique de mon manque de réussite. On m’appelle un jour alors que je usis sur l’autoroute, et on me parle en anglais, puis en allemand, puis en suisse, puis re en allemand, et j’accepte un entretien en leur disant bien que je serai dispo lundi (on est alors le vendredi), ou le mardi, mais que le contrat devra être signé vendredi prochain au plus tard car sinon je pars faire ma formation. Ils étaient pressé, j’ai rencard le mardi, et la je tombe des nues, le poste est génial, j’ai besoin de pas maîtriser grand chose on veut un homme entre 23 et 27 ans, trilingue, manager de 400 personnes avec une équipe de 4 personnes entre 23 et 31 ans… Au moment de la négociation de salaire je demande 60 KCHF (env. 40K€) et on me dit que on ne pourra pas me payer moins que 78 KCHF (52 K€)… Ok la pression monte, et sur la question parlez nous de vos dernières vacances en anglais, tout se brouille, je ne veux pas terminer cette aventure tellement je la voyait différemment cette fin, la ça aurait été trop beau, et trop facile, bref, les mots n’arrivent pas, et les 4 personnes autour de la table m’impressionnent. J’ai beau ensuite par mail demander à inviter le jeudi le responsable au resto pour rediscuter anglais, et bien c’est mort, ils ont quelqu’un d’autre. Je partirai donc sur Paris.


Entre temps un an s’est passé. Ce que j’ai appris je ne m’en suis pas rendu compte, mais c’est de la persévérance. Un jour mon père m’a dit que « si un jour tu te retrouves licencié, tu sauras te battre, tu sauras comment t’y prendre, et tu ne seras pas désarmé ». En effet, un an à ne rien faire, c’est long, je sais maintenant que c’est nul de pas travailler, du coup je me donne à fond tous les jours.

Comment vaincre cette lassitude ? Pour ma part j’ai créer un emploi du temps. J’ai pris des responsabilités dans mon association (responsable communication, création et administration d’un forum, gestion des devis pour créer des affichages, études des zones de chalandises, planification des tournées d’affichage, …), j’ai joué au poker de façon semi professionnelle pendant deux mois à raison de 4 heures par jour 5 jours par semaine sur un format que je maîtrisais. Ca m’a permit d’être réveillé et opérationnel 8h45 tous les matins sauf jours fériés, pour des gains équivalent à un SMIC horaire. J’ai participé à un club de poker, et formé mes équipiers, nous avons finis 3° du championnat national par équipe FFDP (c’est d’ailleurs sur mon Cv, et contrairement aux idées reçues, et bien ça se défend pas mal quand on sait mettre en avant le côté coaching et leader), j’ai également participé à des entraînements intensifs d’échecs afin de développer mon sens de l’analyse et ma rapidité de réflexion. Enfin j’ai postulé à Genève pour un taf’ d’été, et de fil en aiguille je me suis retrouvé plombier-chauffagiste pendant 3 mois et demi. Petit à petit j’ai appris pleins de choses annexes à l’informatique, comme passer du joueur de poker, concentré et lucide devant un PC, au professeur de mathématiques, à faire des joints filasses et des raccords coude inversé en 3/8…

A la fin de ma période de plomberie, j’avais amassé de quoi me payer cette école privée sur Paris mais également repris goût à la vie avec une activité structurante. Je sais qu’aujourd’hui je suis capable d’apprendre très rapidement et de devenir autonome, comme ce jour où l’on me donne la camionnette, le GPS, et que l’on me dit d’aller régler un problème seul chez un client, et je m’en suis sorti avec 15 euros de pourboire, pour travail rapide et bien fait… Nickel.

Toutes ses expériences aussi farfelues soient elles je les ai utilisée lors de mon entretien d’embauche a 55 K€, et chacune a suscitée de l’intérêt en montrant que enfin je ne voyais plus l’informatique comme un outil, mais plus comme un service à rendre à des clients qui ont leur vie. J’ai appris à apprendre aux autres, à me spécialiser dans certains domaines dont je n’avais aucune connaissance, et maintenant je me sens prêt à partir à Paris.

Et la j’explose tout. Je vais finir pas loin de major de promo, tout ce que l’on m’a appris en gestion du risque je l’avais imaginé grâce aux réflexion pokerienne, tout ce qui se rapproche des relations clients fournisseurs j’avais des exemples suite à la plomberie. Les échecs m’ont permis de contacter plus facilement les enseignant de marketing stratégique. Bref la seule chose que j’ai vraiment apprise c’est la gestion de projet. Aujourd’hui je suis en stage chez Logica avec deux ans de retard, mais je pense qu’en deux semaines j’ai prouvé au moins à moi même que j’évolue très vite car je comprends le fonctionnement de notre projet, je suis à même à proposer des outils que j’ai imaginé que ce soit lors de mon école ou pour gérer mon association. D’ailleurs dès le premier contact avec mon chef de projet j’ai demandé où est ce que je devais remplir telle fiche. Il ne connaissait pas l’outil, je lui ai expliqué le bon, et l’intérêt, et il m’a fait un clin d’œil.

Voilà, aujourd’hui l’isima est loin. Malheureusement je ne garderai pas un souvenir impérissable de ce que j’y ai appris, mais je garderai des souvenirs inoubliables et des amis qui m’ont soutenu pendant le temps qu’il m’a fallut pour mûrir et comprendre comment appliquer ce que j’avais dans le cerveau.

Je vais sûrement décevoir certaines personnes par cet article, mais chacun à sa façon à un certain ressenti, et je pense que je suis un cas particulier et qu’évidemment mes conclusions ne doivent pas être admises comme vérité. Voilà.

PS : Merci à la colocachan pour le pied à Terre parisien :)

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Ce billet a été posté par admin le 15 June 2010 à 7:35 et est classé dans Expériences. Vous pouvez suivre chaque réponse à ce billet grace à RSS 2.0. Vous pouvez aussi laisser une réponse, ou un trackback depuis votre propre site.

11 Responses to “Qu’est ce que tu deviens, Emilien?”

  1. Marko Says:

    En gros, dans ce type de situation, il faut avoir une solution de relance (style master spé) pour le début de la seconde année si je comprends bien?

  2. Amstel Says:

    Sympa le récit !
    J’espère que ton ascension se déroulera comme tu le souhaites mais j’aimerais bien savoir comment tu justifies tes “deux années perdues” en entretien !

  3. Milou Says:

    Je comprends pas la question.

    S itu me demandes comment je les compte, c’est facile, une année de galère a faire des entretiens pendant 5-6 mois et de la plomberie ensuite, opuis une deuxième où j’ai refais un BAC+5. Au final la période entertien ne m’a pris que 6 mois plus quelques entretien cadeau sur Genève vers aout septembre (les entretiens de la dernière chance).

    Après si tu me demandes comment je le justifie vis à vis des RH, et bien je raconte mes expériences diverses, et montre que grâce à tout cela j’arrive à comprendre plein de domaine fonctionnel plus rapidement. Le poker peut faire rêver dans une banque quand tu commences à parler investissement, volatilité, variance, ROI, … Les relations avec les clients en temps que plombier font rêver suite à des questions “Comment gérer vous le stress”, la je parle d’expériences où il y a une fuite suite à mon travail et l’appart’ est innodé, mais tu dois quand même réparer et surtout calmer le client…

    Bref j’espère avoir répondu à ta question mais ca m’étonnerait.

    /

  4. Amstel Says:

    En fait la réponse que j’attendais est ta deuxième partie de réponse, enfin le problème est surtout qu’en deux ans tu as peut être appris pas mal de choses, mais tu as du perdre en compétences informatiques (même si tu t’en ai servi pour diverses occasions personnelles) et si tu n’as pas été pris il y a deux ans (pas forcément à cause de tes compétences techniques) je vois mal comment tu peux prouver que ces deux ans t’ont servi du point de vue informatique (vu qu’apparemment tu as plus fait du développement personnel) ? Surtout si le recruteur n’a pas spécialement envie de perdre du temps pour de la formation !

  5. Milou Says:

    Ben en fait au final, j’ai ni l’envie ni la volonté de faire une carrière dans le dev technique comme on l’apprends à l’isima. donc pas de sushi. Généralement je calle au recruteur que je veux faire de l’AMOA rapidement, et que du coup mes compétences managériales sont plus importantes que mes compétences de techniques. Pour l’instant je monte en compétences dans le paramétrage SAP, et comme aucune école ne peut payer de licence toutes les entreprises savent que les profils junior sont sans expériences. Cependant les diverses expériences me peremettent de comprendre très vite les concepts puisque j’ai davantage d’axes d’analyse pour comprendre une idée.

    En tout cas en un an de formation dans le mangaement des projets informatique j’ai appris énormément plus de choses servant à montrer à uin rectruteur que l’on comprends ce qu’il se pase, où on va travailler, l’objectif de la mission ou des choses comme cela, que le gain acquis à l’isima permettant de rassurer sur notre capacité à résoudre les problèmes qui nous serons proposés.

    Ce n’est que mon avis, mais cette année en un entretien j’ai eu un stage, la où je voulais, et sans trop de pression. L’année dernière un entretien c’était souvent compliqué et stressant…

  6. Marko Says:

    En fait c’est un peu bête mais je pense qu’il y avait beaucoup de choses à l’Isima : des préparations aux entretiens on en a eu, savoir ce qu’on veut et être capable de l’exprimer on l’a appris,…
    C’est juste que l’on est pas forcemment assez ouvert au moment des études pour profiter au maximum de chaque enseignement. Ca me fait toujours bien rigoler les gars qui disent : “quel scandale qu’à l’Isima on n’ait pas eu cours de ça ou ça” (au hasard “gestion de projet”), et c’est les mêmes gars qui en avaient tout le temps ras le bol des cours, venaient à un cours sur deux et auraient fait grève si on leur avait ajouté des heures de cours en plus! (je dit pas que c’est ton cas milou ;) )

    Du coup, bien sûr que quand tu reprends une année d’étude pour te relancer, c’est -de façon relative- ta dernière chance, donc j’immagine que t’étais bien à fond et que t’as kiffé alors que le même enseignement au moment de l’Isima, t’aurais plutôt été : “bon terminé, on va aux berthoms?”.

    C’est sûr qu’on sort pas d’école d’ingé en étant totalement mature sur notre avenir professionnel, chacun a ensuite sa voie pour fignoler son profil. La tienne a été un peu plus tumultueuse mais maintenant t’es back in bizzness!

  7. HiTch Says:

    Juste pour rétablir la vérité sur le contexte actuel de l’ISIMA, on a des cours de gestion de projets en F3 (en commun avec les F2). Ça reste théorique certes, avec un peu de pratique derrière (MS project et etude de cas notamment), mais vraiment intéressant quand on prend le temps d’écouter les intervenants (des ZZ+ en plus).

  8. Marko Says:

    j’étais au courant ;)
    je faisais juste référence à des critiques d’il y a quelques années.

  9. Bob Says:

    A mon avis Émile, tu ne peux pas comparer un entretien de stage à un entretien pour un CDI. Sur un stage l’entreprise à beaucoup plus le droit à l’erreur, sur un poste en CDI les enjeux sont plus important même avec une période d’essai. Malgré tout, c’est sur que cette formation à du t’apporter un plus non négligeable si tu veux faire du “managing” comme dirait quelqu’un.

  10. Milou Says:

    Heu je pense pouvoir comparer le recrutement stage et CDI, puisque chez Logica c’est le même processus, et ce n’est qu’à la fin du processus de recrutement qu’il nous demande si on est la pour un stage où un CDI…

  11. Bob Says:

    Au temps pour moi alors :) .
    Tu veux dire qu’il te donne une réponse positive avant de savoir pour quel poste ils te prennent? Je ne savais pas que ca se faisait.

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