Semaine de la création d’entreprises ZZ : Astase

Dernière rencontre de la semaine avec un ancien de la promo 08, Adrien Reboisson. Il nous parle de son entreprise Astase et de son logiciel phare UltraBackup.

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- Pouvez-vous vous présenter et nous détailler votre parcours jusqu’à la création de votre entreprise?

J’ai un parcours plutôt classique, quoi que je sorte à la base d’une filière technologique – j’ai commencé par un bac STI génie electronique. Ensuite, l’IUT informatique puis l’ISIMA, le tout à Clermont-Ferrand, puisque je suis originaire d’ici.

- Pouvez-vous nous présenter votre entreprise, son historique et ce qu’elle propose?

J’ai souvent fait de l’informatique “à côté”, parce que ça me plaisait. Je distribuais mes programmes gratuitement, pour voir ce que ça donnait et pour le plaisir d’avoir des feedbacks d’utilisateurs appréciant mon travail. J’ai expérimenté assez jeune et par moi même tout ce qu’il ne fallait pas faire : implémenter trop vite sans assez modéliser avant, mal gérer la mémoire, concevoir des systèmes trop complexes et trop alambiqués, etc. Au fur à mesure, j’ai corrigé mes défauts et j’ai commencé à distribuer des programmes réellement exploitables, qui se sont vite diffusés sur Internet et dans la presse spécialisée. Parmis les petits logiciels qui ont bien marché a émergé UltraBackup 4, un outil de copie de fichiers qui m’a valu énormément de retours et de propositions d’achat, d’intégration et de commercialisation par d’autres éditeurs.

Historiquement, Astase fait donc des outils de sauvegardes. Le produit a énormément évolué et actuellement nous nous dirigons vers un produit “couteau suisse” pour les PME, qui ont souvent des diffultés à gérer correctement toutes les problématiques de stockage de manière simple. Nous tendons à proposer au fil du temps une solution clé en main de sauvegarde, d’archivage et de partage de documents pour des petits réseaux. Pour l’instant, le produit actuel est surtout apprécié pour sa capacité à travailler aussi bien en réseau local qu’à travers internet (tunnel SSL) et donc à gérer les postes mobiles, de plus en plus nombreux de nos jours.

Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous travaillons aussi avec d’autres sociétés sur des projets de R&D qui n’ont rien a voir avec le développement système et qui nous permettent de toucher à d’autres domaines complètement différents. Je dois hélàs rester plus discret sur ces sujets, mais ces expériences sont très enrichissantes de part leur complémentarité tant au niveau de la nature du travail réalisé que de l’envergure des clients concernés.

Enfin, une autre petite équipe développe des sites Internet, parce que le marché est énorme et que nous avons réellement rencontré des gens doués dans ce domaine. Là aussi, l’éventail des clients est varié : cela va de gros intranets pour des sociétés du nucléaire aux sites de restaurants Parisiens branchés. Nous allons d’ailleurs mettre un coup d’accélérateur prochainement dans ce domaine, sous un autre nom commercial.

UltraBackup-NetStation-2

- Monter votre entreprise : un rêve de gosse ou une opportunité saisie au bon moment?

Une opportunité. J’avais déjà des pistes sérieuses de stages de pré-emploi quand mon futur associé m’a proposé de me lancer dans l’aventure. Nous finissions tous les deux nos écoles d’ingénieur, et il s’est finalement imposé à nous que nous devions tenter de concrétiser ce qui avait été jusqu’ici qu’un passe temps comme un autre. C’était le bon moment, et si nous n’essayions pas à ce moment, cette occasion ne se reproduirait pas. C’est comme ça que tout à commencé.

Fondamentalement, je pense que la liberté de conduire ses propres projets en organisant son temps comme vous le voulez est l’une des dernières libertés que peut offrir notre société. Cette liberté à un coût, celui du risque et du travail qui ne paie pas beaucoup au départ. Mon associé m’a convaincu de me jetter à l’eau au moment ou il le fallait…

- Quelles ont été les difficultés rencontrées et comment les avez-vous surmonter?

La première difficulté est sans doute de trouver l’énergie pour faire un nombre incalculable de tâches qui n’ont rien à voir avec notre coeur de métier (paperasse, contrats, formalités, etc.). Il n’y a pas de secret, il faut s’accrocher, ou déléguer à vos autres associés qui ont plus d’expérience ou d’envie, à moins que cela vous intéresse aussi.

Il y a évidemment le fameux “premier contrat”. Pensez qu’à travers vous, vos clients cherchent à d’abord à acheter de la confiance, c’est à dire la certitude de faire un choix qui leur assurera de ne pas perdre la face par la suite vis à vis de leur supérieur. Partant de zéro, vous n’avez pas de référence, et c’est tout le problème : comment le rassurer et lui montrer que vous êtes capable de répondre à ses besoins sans réputation ? Notre premier contrat fut donc un peu “à blanc”, c’est à dire qu’il nous a plus servi à avoir un premier nom à montrer et à citer en exemple pour les futures négociations qu’à nous enrichir… Il faut l’accepter. Cela sert de levier pour les suivants.

Un de nos gros problèmes, et un des problèmes de beaucoup de petites structures, c’est qu’elles travaillent quasiment en exclusivité pour les autres et peu pour elles. Normal, c’est les contrats externes qui assurent la santé de l’entreprise; mais ne négligez pas de travailler vos propres outils et supports de communication (identité graphiques, site internet…). Fautes de ressources, nous avons un gros retard sur notre propre communication web. Nous sommes en train de le combler, mais cela fait plus d’un an que certaines tâches sont repoussées au gré des contrats qui arrivent et occupent notre temps.

Globalement, il faut travailler de manière intensive pour avancer, et ne jamais trop s’arrêter. Tout avance lentement dans une petite boite, et si telle ou telle tâche n’est pas faite, personne ne la fera à votre place. Il est dur de trouver son propre rythme de travail optimal… Personnellement (et bien que je n’affectionne pas particulièrement la devise) je suis du genre “work hard, play hard” : balancer travail intensif et détente très très loin du boulot. Mais il est sûr que ne dépendre que de soi même dans l’organisation de ses tâches peut ne pas être facile pour certaines personnes… Je crois que c’est une question de caractère.

Pour finir, si vous voulez espérer devenir riche, il faut finir par faire travailler les autres à votre place Wink Nous faisons face à d’autres difficultés concernant le recrutement (comment trouver les bonnes personnes ?) et la déléguation du travail (comment ne pas perdre du temps à essayer d’en gagner ?)… La suite au prochain épisode Smile

- Des conseils pour les ZZs désireux de monter leur propre entreprise à leur tour?

Si vous en avez l’envie et que vous pensez en être capable, foncez. Vous n’avez pas encore d’enfants à charge, vous n’êtes pas habitué à poste confortable et rémunérateur, bref, vous êtes jeunes (probablement fougeux…) : il est encore temps de faire des erreurs. Monter sa structure à 40 ans est une prise de risques différente que de la faire à 23, en sortant de l’école. Par contre, soyez conscient que vous avez encore de grosses lacunes en communication et en marketting; bref, si vous avez de bonnes idées il y a peu de chances que vous soyez capable de bien les vendre. Donc, évitez de vous lancer seul. La complémentarité des compétences permet à chacun de trouver sa place en fonction de ses intérêts et de ses aspirations. Au passage, associez vous avec des personnes avec qui le courant passe, et pas que pour du business.

Il y a deux méthodes de créer sa société : artisanalement, en commençant petit et en se développant progessivement, avec des objectifs raisonnables et croissants; ou au contraire ce que Joel Spolsky appelle le “Get big fast” (*) : en levant des fonds et en commençant directement avec un effectif conséquent et de très gros buts (…sans être vraiment sûr que ça marchera). Je renvoie les gens intéressés à l’article cité en référence qui analyse de manière très intéressante les avantages et les risques des deux modèles… et je vous laisse choisir celui qui vous convient. Mais soyez conscient dans les deux cas de ce qui vous attend.

Ne sous estimez pas la charge de travail, préparez vous quelques mois de “nolife”-itude. Soyez mentalement prêt à ne pas gagner grand chose en bossant énormément ; néanmoins, travailler et voir germer ses propres projets est plutôt gratifiant et motivant. Ne vous inspirez pas comptable; prenez-en un. Ca n’a rien a voir avec vos cours et de toute façon il vaut mieux vous décharger de ce qui n’est pas indispensable et qui peut vous causer des dommages (un ptit contrôle fiscal, c’est jamais plaisant…).

Rémunérez vous peu les premières années. La fusion de l’UNEDIC et de l’URSAF a aboutit à la création d’un organisme centralisant toutes vos cottisations, le RSI, dont le fonctionnement est extrèmement cahotique. Il n’est pas rare que je reçoive des courriers datés de trois ou quatre mois avant, ou des rappels à payer de montants déjà versés. Conseil pragmatique : n’optez jamais pour le prélèvement automatique, et plus largement, économisez tout ce que vous pouvez pour faire face aux cottisations de la seconde année, qui elle n’est pas exonérée de certaines taxes. Les montants à payer sont toujours en fonction de l’année précédente, vous avez donc tout intérêt à avoir un développement linéaire et non en dents de scie. Attention au cap de la seconde année : au delà, si votre boite tient toujours le coup, c’est franchement bon signe pour la suite !

Enfin, donnez vous des objectifs et soyez prêt à faire autre chose en cas d’échec. Vous en aurez toujours tiré de l’expérience…

(*) hop, le lien en référence : http://www.joelonsoftware.com/articles/fog0000000056.html

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Ce billet a été posté par admin le 2 April 2010 à 8:24 et est classé dans Expériences. Vous pouvez suivre chaque réponse à ce billet grace à RSS 2.0. Vous pouvez aussi laisser une réponse, ou un trackback depuis votre propre site.

2 Responses to “Semaine de la création d’entreprises ZZ : Astase”

  1. evigroup Wallet un autre mid français sous Android | ColdSip.com Says:

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  2. Si vous avez déjà fait un commentaire de la fable de La Fontaine “le rat qui s’est retiré du monde” | Nouveaux animaux de compagnies (NAC) Says:

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